Carnet de Voyage ...

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Le Journal de Bord des Parents
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2007 ... Avant le départ :

Comme nous l’avons constaté, le voyage commence bien avant de faire ses valises.
Entre la composition de l’itinéraire, le choix des points de chute et la liste des visas nécessaires, nous parcourons déjà en pensée les chemins du voyage.

La pharmacie de voyage, les plans vaccins et anti-malaria, les moyens photo, vidéo, la création de ce site, les 1.001 contacts avec tous ceux qui nous aident à nous préparer, les vêtements, les sacs de voyage, la pile des guides, voilà toute une série de détails qui nous projettent à des milliers de kilomètres.

Aurons-nous assez de temps pour tout préparer ?. . . Hé, Ho, Didier ...

Il reste encore 250 points d’action sur la liste des préparatifs,
dont la location de la maison, la suspension d’une foule de contrats,
d’assurance, de téléphone, de journaux. Liquider la voiture, contracter
une assurance rapatriement, obtenir les billets, aller chercher les cours
d’enseignement à distance, prévenir la banque, la mutuelle, le fisc,
informer la famille, écrire son testament, informer Benoit XVI, et bien d’autres préparatifs majeurs.

Ah oui, ne pas oublier d’aller chercher un pied de cochon chez le boucher … mais non pas pour le cuisiner, mais pour y pratiquer de grosses entailles et s’entraîner dessus à le recoudre.
Il parait que cela ressemble fort à de la peau humaine…

"..."
___________________________________________________________________________________________

 

... 2007 / 2008 ............................................................................................ .... Haut de page 5

1er épisode de la saga familiale autour du monde : où l’aventure commence… finira-t-elle à Vieusart ? :

Jour J-20 : Didier est pris de vomissements intempestifs. Au xème épisode, il sort tout vert des toilettes et va se coucher à plat sur le lit conjugal. Il n’en bougera plus pendant un certain temps, paralysé par la douleur. C’est à mon tour de blêmir car cela me rappelle étrangement un autre joyeux épisode de la saga familiale que les proches et famille reconnaîtront sûrement sous l’intitulé : « la triomphale naissance de Noam » !!
Jour J-15 : Didier est emmené aux urgences d’Ottignies dans une superbe ambulance américaine flambant neuve. Les ambulanciers hésitent encore sur le maniement ultra sophistiqué de la civière. J’attrape des sueurs froides : vont-ils faire faire à mon homme un ¼ de looping sur civière ?
Quelques heures plus tard, je le retrouve à Saint Pierre, assis sur un banc des urgences ??? Un miracle se serait-il opéré ? Je voudrais y croire mais une lueur bizarre dans les yeux exorbités de Didier me ramène assez vite dans la réalité du jour : ils me l’ont shooté au valium ou autre saloperie. D’ailleurs, un médecin se fait un plaisir de me l’expliquer et profite de l’occasion pour m’engueuler car Didier n’est pas une vraie urgence.
La preuve : il n’est même pas paralysé … Diagnostic : lombalgies !!
Jour J-8 : Retour du scanner illicite (vous nous excuserez Mr Demotte), Didier à plat sur la banquette arrière de la kangoo et gémissant à chaque bosse de la route. Je fonce quand même car je viens d’apprendre que RTL débarquait dans 2 heures à la maison et je dois encore reprendre les enfants à l’école et ranger notre salon aménagé comme tous les jeudis, en salle de yoga … Et oui, notre projet est parvenu aux oreilles d’un journaliste ex- « tour du mondiste », intéressé par notre initiative de « compenser » via la société climact (cf www.climact.be) notre pollution CO2 : eh oui, 180.000 miles d’avion en 8 mois, ce n’est pas rien et nous voulons « racheter » la mauv aise empreinte écologique que nous laisserons sur cette terre en participant au financement d’un projet d’éoliennes en Inde.
Jour J-7 :  le résultat du scanner nous est parvenu : la lombalgie s’est transformée en hernie ascendante migrante (oh, la vilaine bête !!). Et, la décision que je tentais de repousser hors de mon champ de conscience depuis 3 semaines, tombe : si nous voulons avoir un jour la chance de partir au fond du fond des matititi, l’opération s’impose. Nous l’annonçons à la locataire de notre maison qui le prend très mal et se désiste séance tenante. Sandrina essaie de la récupérer en lui proposant force solutions de remplacement pour 5 semaines. Mais, rien n’y fait et lors d’une dernière conversation téléphonique, elle nous annonce sa version des faits : elle ne peut pas faire confiance à des fous qui partent à l’autre bout du monde plus ou moins invalides et risqueraient encore de lui faire une mauvaise surprise en rappliquant après 2 mois …
Jour J-1 : ironie du sort : à l’heure même où j’ammène Didier à l’hôpital pour les tests pré-opératoires, notre reportage passe sur RTL et un ami, peu au courant des derniers rebondissements, téléphone pour nous féliciter et nous souhaiter un bon départ …
Jour J : tout chavire pour moi. Le jour J n’est plus le jour J. Mes repères explosent :  à l’heure précise du 1er vol, Didier est sur le billard. Les heures défilent, il tarde à remonter de la salle de réveil. Je panique : lui aurait-on « ravalé » la moitié du dos ? Après les événements des derniers jours, je sens que tout est possible. Re-sueurs froides … Ouf, il apparaît enfin magnifiquement détendu sur son lit blanc … manifestement, shooté à la morphine. Dans un tube coincé sous son oreiller flotte une magnifique glaire géante qui répond au doux nom de « hernie hoo509 » : tout s’est bien passé. Je respire enfin pour la 1ère fois depuis 15 jours.
Jour J+3 : Retour à la maison, le jour de Noël : les enfants ont fabriqué de leurs petites mains de magnifiques décorations : grand moment d’émotions familiales …
Jour J ++++++ : Didier remonte difficilement  la pente de l’énergie et de la mobilité.
Et, après un bref mais délicieux « apéro de réveillon » offert par nos amis Marie-Pascale et Godefroid,  le 1er jour de l’an nous amène au plus creux de la vague. Didier a la tête explosée. Je désespère : cette fois, il faut bien t’y faire, Sandrina, nous ne partirons JAMAIS.
 Mais, quelques heures plus tard, un vrai miracle s’opère : après les deux longues séances d’énergétisation par les mains que lui ont offertes la veille, Marie-Pascale et moi-même, votre plus fidèle narrateur, les migraines  s’estompent enfin et une faible lueur d’espoir ré-apparaît. La bonne pente est ré-amorcée.
Et les jours coulent, épuisants de navettes diverses et de rôdage des cours à distance par les enfants. Je me lance dans la carrière d’enseignante de 3 enfants aux niveaux très différents et ravis de passer leur fin de vacances de Noël  sur les copies affriolantes de l’EAD (ndlr Enseignement A Distance) !!! Je prends conscience des risques (d’engueulade) et de la difficulté du métier. Après quelques jours à ce rythme, les enfants sont tous ravis de rentrer à l’école et Noam me dit que son instit’ est tellement gentille …
Grande nouvelle, aujourd’hui, on vient de re-contacter l’agence qui s’occupe de notre ticketing aérien et qui va avoir la grande joie de ré-organiser plus de 30 vols pour 6 personnes !! Notre interlocuteur, Michel s’en réjouit d’avance (surtout qu’il n’a pas toujours un naturel des plus joyeux) !! Et, 3 jours plus tard, il nous annonce qu’il y est parvenu : et oui, Michel, tu l’auras bien gagnée ta com’ !
Le compte à rebours va-t-il vraiment pouvoir se ré-enclencher ? Je n’arrive pas à y croire et multiplie les achats les plus inutiles de cocooning, prévois de nouveaux aménagements pour la maison … Serais-je en train de hisser mes résitances  ?
Je respire un grand coup et lâche prise : nouveau départ prévu pour le 27 janvier. Cette fois, ce sera le bon, je vous le jure.
Nouveau J-14 : à défaut de nouveau locataire, nous optons pour la formule « gardiennage de maison, chien, chat, plantes … à titre gratuit » et trouvons un candidat.
Nouveau J-7 : nouveau coup de théatre : celui-ci se dédit pour cause de « coup de foudre » (et non, pas pour notre maison mais pour le grand amour ...)
Je pense exploser mais me résous plutôt à essayer d’organiser une formule « garde externe de chien et plantes ». Je multiplie les coups de fil, continue quand même à rencontrer des candidats gardiens aux situations personnelles les plus rocambolesques les unes que les autres. C’est Dallas à Vieusart et j’arrive même à en rire (avec l’aide de mon homme, je l’avoue) sauf quand des amis bien intentionnés me confient qu’ils ne l’avaient jamais senti notre voyage, qu’à notre place, ils auraient peur que notre avion s’écrase à l’autre bout du monde (je ne leur connaissais pas un tel humour …).
Sentiment étrange renforcé encore par tous ces gens qui nous rencontrent et nous disent « on ne va plus se voir alors …. »
Nouveau J-3 : re-coup de théatre. Un cousin de Didier rentré d’un long séjour en Inde accepte comme un cadeau de faire son nid dans notre petit nid pour 8 mois. Je n’ose plus y croire …
Nouveau J-1 : personne ne s’est dédit. Tout va bien si ce n’est que je n’ai encore fait aucun sac : le jour le plus long de notre vie s’amorce alors. Nous en sortons épuisés mais arborant triomphalement nos 8 sacs pour un total de 200 kilos et un surpoids de 80 kilos !!
Panique à bord : nous en ressortons tout aussi vite 20 kilos d’EAD et un sac de vêtements froids (pour Népal et Mongolie) mais reste encore un surpoids de 40 kilos …
Et, de toutes façons, dans l’entrefait , nous sommes arrivés au JOUR J, heure – 5 et il n’est plus question de ré-aménager tous les sacs.
Grand départ pour Zaventem. Les bagages remplissent deux voitures. L’adieu à Yanko est difficile. Il tourne en rond, l’œil hagard, et les enfants l’entourent, l’œil mouillé. La montre nous impose de claquer les portes et laisser Vieusart à son sort pour aller affronter le notre.
Nous sommes bizarrement calmes, retournant dans nos têtes les 1.001 choses que nous avons du certainement oublier dans notre précipitation. Sandrina et moi nous regardons : on n’arrive pas à croire qu’on est en route. La fatigue des derniers jours aidant, nous affichons des mines fatiguées. Entre les larmes, Romane chantonne la chanson nostalgique de « Sébastien parmi les hommes »…
Arrivée à l’aéroport où, nous formons un véritable convoi, chacun tirant ou portant au minimum 2 sacs !!! Les enfants s’essayent au maniement des roulettes, s’envoient les sacs dans les pieds l’un de l’autre,  grands cris … Va falloir rôder tout cela !
Grands moments d’émotions aussi avec nos familles, parrains, marraines et amis venus nous dire au revoir mais aussi quand une employée acariâtre de la British Airways nous déclare qu’elle ne retrouve pas 3 de nos tickets … et on ne peut pas appeler Michel de l’agence car c’est dimanche.
Je préfère laisser Didier parlementer doucement avec la belle du guichet pendant que nous allons nous enfiler quelques cafés  tous ensemble. Les enfants font le plein de manège de petites voitures et autres en rançonnant toute la monnaie des amis présents.
L’heure avance, je recommence à m’inquiéter sérieusement mais à ce moment, Didier arrive l’air souriant et je me dis qu’il a réussi à faire céder la belle Anglaise.
Et puis, très vite, le moment arrive de nous quitter, petit serrement de cœur à la douane lorsque nous nous retournons et voyons tout ce groupe d’amis nous faire des signes d’adieu. Et à ce moment-là, le temps s’arrête, nous nous sentons vraiment « partir », la réalité du départ, suspendue par les événements des dernières semaines, se concrétise enfin ! La cassure entre réalité et fiction se colmate, sentiment bienfaisant de réunification …
Les coïncidences sont parfois troublantes : Didier n’a pas eu le temps de faire ses au-revoirs chez IBA, pour cause de maladie. Et voilà qu’en arrivant à la gate de départ, surprise : nous tombons nez à nez avec le patron d’IBA, Yves Jongen, de retour d’un de ses voyages. Bonjour-Au-revoir surréaliste en plein no man’s land.

... Janvier 2008 .............................................. .... Haut de page 5

Edito ... ..

Episode 1 : Stop-over à Los Angeles : au pays du décor en carton-pâte.
Long voyage . Les enfants se gavent de films et de plateaux repas. Après ce vol interminable, nous devons passer sous les fourches caudines de l’immigration américaine : 2 heures de file derrière la ligne jaune, prise d’empreintes, photo bio-métrique, questions pernicieuses sur nos intentions à fouler le territoire américain. Sont-ce là bien vos enfants ?
Bien sûr, à la fin de cet exercice , nos bagages ne sont déjà plus sur le tourniquet et nous devons aller les rechercher dans un capharnaüm indescriptible, au milieu de centaines de Chinois vindicatifs et hurleurs. Romane et Camille, les yeux vitreux de fatigue, tirent chacune deux valises énormes en plus de leur sac à dos. Les autres passagers  nous bousculent sans aucun égard. Il n’est plus question de belle file ordonnée, c’est chacun pour soi, jusqu’au moment où ils projettent un de nos enfants par terre. Le sang de maman de Sandrina ne fait qu’un tour et elle se plante devant l’officier de douanes qui trouve que nos enfants n’avancent pas assez vite. « Rangez vous sur le côté, Madame, vous gênez ».  « Nous traverserons  ensemble où je bloque le passage », dit Sandrina, outrée, à l’officier prêt à lui lire ses droits avant arrestation.
Sandrina hausse le ton et lui crie un tonitruant «  We are not chickens… ». Pendant que l’employé des douanes estomaqué cherche ce qu’il doit répondre, nous regroupons famille et bagages et passons le guichet.       
La première nuit à l’hôtel ressemble à une nuit de jet lag. Vers 03.30h du matin, Noam, Séba et Didier descendent dans le hall, où le réceptionniste nous donne des crayons de couleur et des jeux, pour tuer le temps.
La journée qui suit, les enfants découvrent avec enchantement les joies du petit déjeuner à l’Américaine. Les assiettes se chargent de kilos d’omelette, de bacon et de pancakes. Le tout est servi par une plantureuse serveuse qui vient toutes les 3 minutes s’enquérir de notre confort « everything fine with you ?  Cool !! ». Les verres de jus de fruits font un minimum de 0,5 litres et le café est à 200 degrés. Et je te rajoute un donut, un muffin et un bol de céréales roses et vertes (beurk !). Et on finit par un bol d’ananas et de melon frais (miam !).
Après avoir mangé pour 2 jours en un seul repas, nous partons vers Disneyland, Anaheim.
La machine à rêve de Disney est incroyable. Les yeux des enfants s’arrondissent devant l’abondance d’attractions, d’animations, de personnages « vivants » de Disney, de fanfares, de défilés, et d’appels en tous genres à la consommation. Nous traversons en une seule journée les histoires de Pinocchio, la Belle au bois dormant, Star Wars, Indiana Jones ,  Pirates des Caraïbes, Goofy, Donald Duck, Mickey et Buzz l’éclair…
On passe en un instant du Moyen Age, au Western, au futurisme aux temps des Pirates. Tout est décor en carton-pâte mais on est entraîné dans un tourbillon qui fait rêver petits et grands. Tout est vrai, et à la fois tout est faux. Jusqu’au bout de nos forces, nous courons d’un pays à l’autre, d’une attraction à l’autre…
Ce soir, les yeux brillants  d’épuisement nous tomberons sur nos lits et nous endormirons sans nous déshabiller ni manger.
Le lendemain, départ vers la Polynésie  dans un des superbes Airbus A340 de Air Tahiti Nui. L’accueil à bord nous change du formalisme superficiel et stressé des Américains. De splendides hôtesses et stewards polynésiens nous accueillent calmement, gâtent les enfants et sont aux petits soins.
Après le décollage, l’équipage change d’uniforme, nous distribue des fleurs de tiaré et nous sert les repas en paréo. Génial ! Bizarrement, les passagers, américains, pour la plupart, ont la mine décomposée et se plaignent sans cesse. La moyenne d’âge est de 75 ans, les corps affichent toute la laideur de la société de surconsommation américaine : Tahiti serait elle une destination réservée au 3ème âge ? Peur soudaine de partager le paradis terrestre en leur compagnie. On se rassure en se disant qu’ils seront parqués au Méridien ou sur un des superbes monstres à croisières où ils s’empilent à plus de 400 et viennent polluer les superbes lagons ….
Bien sûr, quand Noam vomit un grand coup au milieu du voyage (à côté du sachet, bien sûr, et en barbouillant complètement 2 sièges), cela fait un peu tâche… mais cela amuse beaucoup les stewards, qui prennent notre parti, pendant que les petits vieux se pincent le nez et se plaignent de leurs articulations.
 Re-orgie de films et de plateaux repas. De la première à la dernière minute des 8.30h de vol, nous avons survolé de l’eau. Immensité du Pacifique. A l’atterrissage à Papeete (Tahiti), les 30 degrés de chaleur et le taux d’humidité de 90 % nous prennent à la gorge. Ici, pas d’air conditionné à 15 degrés comme à Los Angeles . Au contraire, on descend par une échelle sur le tarmac, on marche vers un petit bâtiment devant lequel un orchestre nous accueille au son des Ukulélés et des tambours.
Là, l’hypochrisie des Américains nous frappe à nouveau. Une des deux files de la douane est réservée aux passeports européens. Comme c’est la file la plus courte, nombre de passagers américains s’y sont glissés sans vergogne : il n’est plus question de la discipline qu’ils défendent à grand cris aux USA. De nouveau le règne du chacun pour soi. Sandrina, ulcérée, prend Noam par la main, dépasse tout le monde à grands pas et s’adresse à l’officier de douane en expliquant notre cas. La belle tahitienne en uniforme se lève, vient nous chercher tout au bout de la file et nous fait passer devant, avec un grand sourire et des gestes tout doux. Tout est dit ! Nous re-voici en pays civilisé.

.. Album n° 3 : FEVRIER 2008 ................................................. ... Haut de page 5


Edito ... (reçu 05/02/2008)........... ..

Episode 2 : Polynésie française : au rythme des cheveux qui poussent…
..Ia ora na (bonjour)
Nous arrivons de nuit au
Vanira Lodge, (cliquez pour zieuter la beauté des lieux) à Teahupoo.
C’est au bout du bout de la route. Après, c’est la jungle.
Dans les phares de la voiture, nous découvrons un parc à la nature luxuriante : cocotiers, bananiers, goyaviers, pandanus, buissons d’hibiscus et 1000 autres fleurs et plantes que nous ne connaissons pas. Dans une nuit d’encre, nous avançons à l’aveuglette et découvrons notre bungalow presque par hasard. C’est une grande cabane en bois accrochée au flanc de la montagne. Imaginez la cabane des Robinsons suisses dans l’arbre : c’est exactement cela, avec le four à micro-ondes en plus (voir les photos dans le menu à gauche "Album Photos").
Nos yeux s’habituent progressivement à l’obscurité. Les arbres autour de nous sont baignés dans une lumière légèrement argentée : en tournant nos regards vers le ciel, nous découvrons la voie lactée et ses millions d’étoiles, comme un gigantesque tapis de pétales blancs dans le ciel : c’est féérique. On se sent à la fois loin des étoiles et à la fois au centre de la galaxie. Du lointain nous parvient  le bruit de la vague qui s’écrase sur la barrière de corail.   
Après une nuit digne de naufragés sur une île déserte, nous émergeons vers 05.00h, bien avant  le soleil (décalage oblige) . Le bruit des premiers oiseaux du matin nous accompagne. Il commence à enfler jusqu’au lever du soleil, où une joyeuse cacophonie accueille les premiers rayons. Nous restons sans voix. Le Fare (bungalow) fait face à l’océan, par-dessus un jardin planté d’essences exotiques de toutes sortes. Les enfants crient « Wouaw ! » et filent vers ce jardin d’éden.  Romane revient avec un bouquet de fleurs, Sébastien et Camille rapportent une énorme noix de coco dans sa gangue et commencent à se battre avec. Comment ouvre t’on ce fruit ? A la pioche, à la pelle et au couteau, ils arrivent à leurs fins. Un trou final dans la noix, et le lait en coule en fin filet. L’écorce enfin brisée nous livre sa chair blanche et gouteuse. Ce premier fruit cueilli est comme un superbe cadeau d’une nature abondante et généreuse.
Tout de suite, les enfants vont faire l’inventaire du jardin et cueillir d’autres fruits, verts, jaunes, ronds, allongés, rugueux ou lisses qui ont tous une particularité commune : nous n’en avons jamais vu de pareils. Ils sont bien déçus lorsque nous leur interdisons de les bafrer goulument comme ils s’apprêtent à le faire.
L’ile est un ancien volcan. Partout, la roche volcanique noire affleure et va se perdre dans l’océan. Le relief du centre de l’ile est extrêmement accidenté. Les sommets, jusqu’à 2200 mètres, sont inaccessibles. Une végétation très dense recouvre tout, jusqu’au sommet. Sur le pourtour,  alternent plages de corail (sable blanc) et plages de pierre de lave (sable noir). Le lagon entoure l’ile, jusqu’à la barrière de corail où des vagues énormes viennent se briser.

Le village où nous avons élu domicile, Teahupoo, (cliquez pour ouvrir une fenêtre "Vues sur Teahupoo") est un spot de surf de classe internationale. Chaque année en mai, s’y déroule une manche du championnat du monde de surf.
La vague qui s’y forme est haute de 3 à 6 mètres et forme un rouleau dans lequel  les super-pros surfent en prenant des risques insensés. A la fin du rouleau, lorsque la vague meurt sur le récif, l’épaisseur d’eau n’est plus que de 60cm au dessus d’un lit  de corail tranchant comme un rasoir. Attention à ne pas se faire aplatir par la vague sur le fond : charpille assurée.
Opposition entre Français (popaas, étrangers) et Polynésiens (et Demis) : prochainement élections pour définir autonomie ou indépendance. Territoire de Polynésie Statut hyper privilégié versus les autres départements français. Tu parles, ils ne trouvent aucun boulot car tous les jobs à responsabilité sont pris par des Français qui en imposent les normes et les diplômes : médecins, professeurs, fonctionnaires et mêmes gestionnaires dans l’hôtellerie … A leur grand dam, les Polynésiens sont relégués dans les travaux subalternes.
Un jeune garçon, Tiago, nous emmène sur son bateau au beau milieu du lagon. Nous y plongeons au masque et tuba : sous la surface, autour des patates de corail, nous jouons à cache cache avec une nuée de poissons de récif multicolores. Seba fait ses débuts en body-surf et Tiago, qui lui dit qu’il est doué, devient son idole. Il lui promet de lui enseigner le surf à notre retour… car Tiago est aussi un surfeur professionnel.
Chaque fois que l’on peut, on demande à goûter les spécialités du pays. Au snack du village, nous avons mangé un excellent mahi-mahi. Pas de chance pour Sandrina, son plat de crevettes dégelées/recongelées (mais ça on l’a appris après) lui vaut d’être malade pendant 3 jours. Entre les Palgen et les crustacés, il ya comme un relent de malédiction.
Comme dans tout le Pacifique, les magasins généraux sont  tenus par des Chinois : on ne rigole pas et un sou est un sou. A part çà, il n’y a rien de frais dans le magasin qui ferme à midi pour ne rouvrir qu’à 16 heures. Ici, on ne meurt pas de stress : le rythme est lent et l’allure même des polynésiens, ventre en avant dans leur  short ample, genoux écartés et traînant les slashes qu’ils ont au pieds … incite à se couler dans leur détente existentielle. Ce que nous faisons sans attendre et sans hésiter une minute. Nous nous rendons bien vite compte que notre style de vie où l’on « doit profiter de chaque minute pour visiter et découvrir le pays », va nous tuer en quelques jours : contraints et forcés, nous nous imposons du repos aux heures chaudes, nous nous couchons vers 20.00h., après le repas,  et nous nous levons vers 06.30h, avec le soleil.
 Nous entamons les premières matinées de cours d’enseignement à distance : les trois enfants scolarisés autour d’une table, nous distribuons les séries de cours et démarrons l’école. Pendant ce temps, Noam dessine dans son coin. Au fur et à mesure des heures , se crée une dynamique positive. Romane se trouve à l’aise et travaille de façon autonome. Camille fonctionne à la carotte et Sébastien, aiguillonné en permanence par un parent,  s’accroche avec courage à ses exercices jusqu’à ce que la bougeotte prenne le dessus : on l’envoie alors plonger une tête dans la piscine pour le calmer.
Nous consommons des litres de crème solaire, et pourtant, parfois nous sommes surpris par la traitrise des rayons solaires : un petit carré de peau non traitée et ce sont méga coups de soleil et brûlures assurés. Noam se promène avec un bout de joue brûlé, juste là où j’ai omis de le crémer.
Amb iance incroyable de l’aéroport version « un vendredi soir » sur les îles : plusieurs familles font manifestement la navette vers les îles. La musique redouble de rythme et met une ambiance de fête dans tout l’aéroport. Petit coucou à hélice qui fait le bonheur des enfant s car on a plus de sensations. Décollage direction Huahine, la préservée : certains l’appellent le Bora Bora d’il y a 30 ans. 30 minutes plus tard, nous atterrissons à
Huahine (clilquez pour voir).
Nous avons de la chance car le coucou précédent n’est jamais arrivé et à dû faire demi –tour car il ne pouvait pas rentrer ses roues …
Petit aéroport idyllique qui ressemble à une grosse cabane …
Un couple étonnant nous y attend : la plantureuse Armelle, figure importante des îles car c’est la 1ère Polynésienne a y avoir ouvert une pension en 1983 et un grand blanc maigre  à la longue barbe filiforme qui n’est autre que l’employé d’Hertz. Armelle râle car on ne l’avait pas appelée pour lui dire si on soupait chez elle le soir et Mr Hertz nous emmène à travers la campagne dans ce qui sera notre voiture pour 6 jours. On signe les papiers dans un miniscule petit buis buis qui lui tient lieu de bureau et dont une partie, à la grande joie des filles, regorge de paréos et autres fringues, car la location de 4 voitures, cela ne nourrit pas son homme….
Arrivée au paradis terrestre de Parea, pension te nahe toe toe : à savoir quelques cabanes au toit végétal alignées le long de l’océan.
Armelle nous a préparé un plat de mahi mahi à la sauce blanche aussi plantureux que sa personne et invective les enfants car ils ne mangent pas tout  … Normal,Seb et Noam se sont déjà endormis sur nos genoux et San drina essaie encore d’éliminer les crevettes de la veille !!
Joie des enfants de découvrir le nouveau cabanon qui leur tiendra lieu de maison . Joie des moustiques locaux qui voient se reconstituer le stock de viande de touriste à disposition. Les moustiquaires locales ressemblent plus à des voiles de navire après la tempête : quelques lambeaux de tulle autour de beaucoup de grands trous. C’est idéal pour pêcher la carangue, mais inutile pour stopper les anophèles. Nous bénissons le fait d’avoir apporté nos propres moustiquaires et les installons rapidement.
Nous partageons nos bungalows avec les lézards locaux, jaunes pâle avec des points bruns, et les myriades d’insectes d’ici.
Notre vie est rythmée selon les priorités du jour. L’enseignement à distance se fait pendant les heures chaudes, de 13.00h à 16.00h. Le matin, nous découvrons l’île. Le soir, nous plongeons dans la piscine jouxtant les bungalows.
Lors de la visite d’une ferme d’huitres perlières hier, nous avons fêté les 11 ans de Romane. Chacun des enfants lui donnait son avis pour choisir un bijou en nacre.
Ici, ce qui est important, c’est la famille, le chant, la danse, la bonne bouffe, à son aise, sans stress. Ce n’est pas pour rien que les Polynésiens qui partent « en métropole » étudier finissent rarement leurs études à Paris : ils reviennent vite à Tahiti, minés par le mal du pays et le manque de chaleur humaine…
Quant à nous, il nous est très difficile de trouver un équilibre entre les cours par correspondance, les jeux de plage à 5 mètres, la piscine et la chasse aux poissons de lagon. C’est déjà difficile de les faire bûcher quand il fait pluvieux dehors, mais alors quand en plus tous les signes de l’extérieur signifient « vacances », cela relève des ruses d’indiens. Mais les 3 grands s’y attachent avec courage et l’on avance à grands pas.
 
 5 février 2008

Février ... suite ...

Episode 3 : Polynésie française - Partie 2: contrastes et paradoxes …
....I a ora na (bonjour)
- 11 février 2008

Aujourd’hui, moment important dans la vie des Polynésiens : ils votent pour un nouveau président du Territoire de Polynésie (5 archipels : Marquises, Tuamotu, archipel de la Société : Iles du Vent et Iles sous le Vent, Australes , et Gambier) : ce territoire a une forte autonomie pour son économie locale, mais est assisté à 100% par la France pour la santé, l’enseignement et la police et l’armée.

Les Polynésiens veulent à la fois vivre leurs habitudes ancestrales : aller à la pêche quand on veut, cueillir des fruits quand ça te chante, chanter, danser, jouer du ukulélé, draguer les Vahinés (Huahiné) ou les Tané(s) (les hommes et je peux vous dire qu’ils sont pas mal du tout dans leur force tranquille et naturelle …) et faire l’amour quand ça te chante (dans les petits villages, les familles comptent 4,5,6 enfants …).  Mais les filets de la « métropole » sont biens tissés : les soins de santé sont 100% gratuits. Ici, si tu es un peu malade, tu es envoyé avec un membre de ta famille en France ou en Nouvelle Zélande pour être soigné, tous frais remboursés à 100%. L’enseignement est également payé à 100%. Par ailleurs, les sirènes du matérialisme chantent parfois plus fort que la musique locale : c’est à qui affichera le plus beau 4X4 chromé (toutes les famille ont ici un 4x4 rutilant (même s’ils vivent à 6 dans une case), alors qu’il est totalement inutile (il ya une seule route sur l’ile, parfaitement goudronnée).

La France injecte d’importantes sommes dans le territoire, mais une bonne partie de ce budget semble se volatiliser à travers les arcanes de la politique locale, en passant par les poches de certains élus locaux, sans construire le moins du monde une infrastructure préparant l’indépendance. 
Le cœur des Polynésiens vacille donc entre le souhait d’indépendance et de renouer avec leurs traditions et maintenir une relation de dépendance avec la France, pour profiter de la manne.
Il existe toutefois un chemin du milieu : remplacer les politiciens véreux par des gestionnaires préparant une indépendance pour dans 20, 30 ou 50 ans. Et les îles ont les ressources pour faire un état viable : vanille, perles, coco – coprah, fruits exotiques, et bien sûr tourisme. Il faut aussi compter avec les Chinois, qui sont nombreux et très organisés et industrieux. Certains disent ici : il faut choisir entre un seul parti Polynésien ou le parti coalisé chinois. A l’entrée de la capitale Uturoa, il est étrangement anachronique de trouver un grand bâtiment avec au fronton les mots  « Kuo Min Tang », bâtiment où se rassemblaient les premiers colons chinois, des coolies importés au siècle passé pour travailler le coton.
En attendant, les élections se préparent avec ferveur et démonstrations de force: hier, tout le village s’est rassemblé pour 4 heures de lecture de la bible, pour que ces prières fassent gagner le parti local. Aujourd’hui, un défilé de 4x4 avec drapeaux, chacun habillé des couleurs du parti, se rend vers la mairie pour influencer les indécis. Toute consommation d’alcool est interdite pour 24h. Ici, c’est du sérieux. Le religieux et le temporel s’amalgament dans un cocktail détonant.
Et, pendant que le cortège du parti indépendantiste se forme à l’entrée de notre petit hôtel familial, Sandrina décide de se rendre à l’église locale pour y assister à la purera (messe) et y entendre les himene (chants traditionnels sacrés et profanes qui avaient été interdits par les missionnaires cathos mais qui sont remis à l’honneur depuis quelques décennies). Arrivée aux abords de la grande église blanche à toit rouge, une foule colorée s’amasse, s’embrasse, rigole …
Les femmes sont magnifiques avec leurs robes aux couleurs vives et leurs chapeaux d’osier garnis de fruits et fleurs multicolores. Les hommes dignes dans leur chemise fleurie.
L’office commence (catholique, protestant, évangéliste, adventiste ? … je n’en sais trop rien tant la diversité des cultes est grande, ici ) et directement, je suis emportée par ces chants  forts, puissants et naïfs qui s’envolent comme une vague de lagon et vous laissent échouée sur le récif, le cœur vibrant …
L’ambiance est incroyable dans cette église aux 4 portes grandes ouvertes dont 2 donnent directement sur le bleu turquoise du lagon : les enfants entrent et sortent librement pour aller jouer dehors, l’assemblée commente les différentes interventions des 3 femmes et 4 hommes qui ont parlé ce dimanche (mais, malheureusement, je n’y comprends rien car tout est en tahitien …). Et, à la sortie, de petits groupes se forment et s’en vont bras dessus, bras dessous  en riant sur la route au tarmac brûlant …

Nôtre petit hôtel au doux nom d’Atiapiti (ce qui signifie tête cassée lors d’un sacrifice humain !!) se situe en bordure d’un marae (site religieux, fait de pierres volcaniques érigées en bordure de mer et où les anciens dialoguaient avec les esprits) : les ondes qui y règnent sont très particulières et Marie-Claude, la propriétaire, nous dit que ses clients partent toujours de chez elle, les larmes aux yeux tant ils sont émus de quitter ce lieu … J’ai tendance à la croire et appréhende aussi notre départ dans 3 jours …
Marie-Claude, c’est un personnage qui a déjà baroudé dans plus d’une centaine de pays (et nous donne maints commentaires et recommendations sur notre itinéraire ) avant de venir se poser ici, dans l’île sacrée de Raiatéa où elle a choisi le bel Arsène (et je peux vous dire que, lui aussi, il vaut le détour …) comme jeune compagnon (apparemment, les Françaises ont un petit faible pour les beaux Tahitiens qui leur donnent d’ailleurs des enfants magnifiques : les demis).

Les enfants sont au paradis : ils ont leur propre bungalow où règne un fouillis inimaginable (je n’ose pas penser aux valises à refaire dans 3 jours !) et se font gâter par les papis des bungalows avoisinants. Et, oui, l’hôtel regorge de papis à la retraite dont certains passent d’ailleurs 6 mois par an chez Marie-Claude, qui les soigne aux petits oignons …

Hier, Didier est allé snorkeler au-dessus de la petite barrière de corail et ressortant la tête de l’eau après quelques minutes, il m’a dit : « tu ne peux même pas imaginer, le spectacle sous mes pieds :
des bancs entiers de poissons multicolores, petits et grands .. »
Moi, je dois dire que je trouille un peu depuis que j’ai vu une carangue de 30 kilos trôner dans la cuisine et que Sébastien a ouvert sa bouche pour me montrer sa dentition spectaculaire …
Il y a aussi le coin à murènes juste au pied du ponton et où Marie-Claude a strictement défendu aux enfants d’aller laisser traîner un pied ou une jambe et puis les poissons pierres …
Aux piqûres qui ne pardonnent pas et les crabes terrestres géants qui font des trous de taupes dans le sol et y amènent parfois les rays bans des touristes (véridique !) !!
D’ailleurs, les sandales de mer de Noam ont étrangement disparu depuis quelques jours et impossible de remettre la main dessus …
Il fait tellement bon et doux à vivre ici : imaginez-moi en train de vous écrire sur la terrasse d’un petit bungalow en style local, face à une mer d’huile sur laquelle le soleil se lève en force et m’envahit peu à peu. Et, au milieu de cette immensité bleue et dorée, un motu (îlot de sable et de cocotiers) innondé de lumière …
Puis, au fil du jour et de la lumière, différentes teintes de bleus, de turquoises et de verts, créent sur l’eau un tableau sans cesse renouvelé et d’une beauté à couper le souffle …
 Les gens sont super accueillants, calmes, doux et sympathiques au premier abord, mais les souvenirs des combats entre tribus des ancêtres ne sont pas si lointains. Les mouvements de foule sont toujours possibles : il ya 10 ans à peine, dans les Tuamotu, sur injonction de prêtresses d’une secte religieuse, la population d’un atoll  a brûlé vives 6 personnes pour chasser les mauvais esprits du village.
A ce jour, aucun jugement n’a encore eu lieu et ces crimes ont été qualifiés d’hystérie collective …

Hier, nous avons fait un saut jusqu’à Tahaa, l’autre île du même lagon (ce qui est tout à fait unique) en compagnie d’Edwin, un Tahaatien de pur jus qui nous a embarqués sur sa pirogue … Son tour de l’île était parfaitement rôdé : il nous a tout montré et expliqué : les plantations de vanille, la ferme perlière, la seule piste qui traverse la jungle pour monter au sommet de l’île (vue grandiose sur les 4 baies turquoises de l’île volcanique), comment déguster des bananes trempées dans la pulpe de coco, comment fabriquer une flûte de quelques coups de machette bien « sentis », petite baignade au motu splendide, déjeuner royal chez lui préparé par les femmes de sa famille …

Ce soir, les enfants se sont préparés à la « guerre aux crabes Tupa». Il y a ici une sorte de crabe terrestre qui creuse d’énormes terriers et défonce les pelouses de la pension (un peu à la manière de nos taupes). La gérante a promis aux enfants 10 francs (pacifiques) par crabe tué. Au coucher du soleil, nous voyons dans la pénombre les crabes quitter leur terrier et ramper vers la plage. C’est le moment . Les enfants se sont équipés de bâtons et ont préparé une tactique pour surprendre les crabes sur la plage. De grands « chuuut ! » ponctuent la marche d’approche. Nous arrivons à la plage, déployés en rateau ; rien ne bouge. Nous posons le pied sur le sable phosphorescent sous la lune.
Et tout à coup, c’est la débandade : les crabes nous ont repérés : ils commencent à galoper pour retrouver l’abri de leur trou ou celui de l’eau. Avec des grands cris guerriers, les enfants poursuivent les crabes qui fuient dans toutes les directions. Les bâtons s’abattent, une fois, deux fois, trois fois, jusqu’à ce que la carapace du crabe éclate sous le choc. Pas facile, dans l’obscurité. Pan ! un bâton s’abat sur une pied dans une sandale (Aie ! Ce n’est pas un crabe, c’est mon pied).  Venez ici, j’en ai eu deux.
Là , un énorme s’enfuit. Eek ! Il y en un qui est passé sur mon pied. En quelques minutes, la plage est jonchée de cadavres , que nous ramassons consciencieusement. Nous apportons notre butin à Marie Claude, qui paiera rubis sur l’ongle les enfants.
Dorénavant, chaque soir, nous repartirons à la chasse, entre chien et loup.

- 12 février, décollage pour l’île de Maupiti (cliquez), 40km plus loin. La piste d’aterrissage est construite en travers d’un îlot coralien en bordure de la barrière de corail : la piste commence dans la mer et termine dans la mer : assez impressionnant. L’aéroport de Maupiti est une espèce de toit en feuilles de coco , ouvert sur une aire libre où s’entassent les colis et les passagers.
Areti (Arthur),  le propriétaire de la pension « Rose des Iles » nous attend avec son bateau : la pension est sur un autre motu. Pendant la traversée du lagon, où l’eau a 1 mètre de profondeur et est  d’un bleu/vert turquoise  clair transparent que l’on a peine à imaginer, nous nous arrêtons pour observer 2 raies pastenague évoluer sous nos yeux ravis. Nous nous disons que le paradis doit sûrement être tapissé de cette couleur sublime, indescriptible …
A peine installés, il emmène les enfants à la traine derrière son bateau sur des kayaks et des body-surfs. Le lagon résonne de cris hystériques : plus vite, plus vite, plus vite… encore un tour… Le tout sur fond d’orage sur l’ile de Maupiti , avec des éclairs déchirants et le tonnerre qui gronde derrière. Le rideau de pluie passe à 500 mètres. C’est tout bonnement surréaliste. Les tons combinés du ciel gris acier et des eaux en strates de bleus différents selon la profondeur … : cette vision tient du magique.

Nous essayons aujourd’hui un nouvel horaire pour les cours d’enseignement à distance : ces derniers jours, nous autorisions les enfants à jouer le matin, aux heures « fraiches » (sous 35°) et nous pratiquions les cours par correspondance entre 13.00h et 16.00h, aux heures chaudes (>35°, soleil mortel). Mais l’inconvénient, c’est qu’alors les enfants s’endorment et maintenir leur attention fixée sur les cours est un enfer. Nous y perdons souvent notre patience. Nous devons changer nos horaires quasi en fonction de la météo quotidienne. L’enseignement et le maintien de la motivation des enfants pour leur travail sont pour moi (Didier) une des tâches les plus ardues et une source de tensions quotidiennes. C’est pour l’instant la facette la plus difficile à gérer dans le voyage. Personnellement (Sandrina), je trouve que les enfants s’en tirent plutôt bien et font preuve de remarquables capacités d’adaptation ….
Un tour de l’île en vélo nous fera découvrir une végétation tellement luxuriante qu’il suffit de lever la main pour cueillir manges, goyaves, bananes ou pamplemousses, sans oublier de mentionner que les fruits ici ont un goût … qui te fait en manger sans fin (même Didier !!). Les fruits sont tellement nombreux qu’il est bien entendu impossible pour les habitants d’en cueillir plus d’une infime fraction. Ils mûrissent donc … s’écrasent sur le sol et pourrissent. C’est même parfois dangereux. Il est des réflexes salutaires dans ce pays, du genre : on ne gare pas sa voiture sous un cocotier ou un pamplemoussier. Les toits en coco ou en pandanus sont renforcés de tôles sous les manguiers ou sous les goyaviers, on imagine pourquoi. A vélo, hier, un pamplemousse énorme s’est écrasé sur la route juste derrière moi dans un plotch sonore. Je me suis retourné avec un frisson dans le dos, pour découvrir, scotchés dans le macadam,  les restes d’un fruit d’au moins 500 grammes. A non, Didier, on ne recommence pas le coup de l’hôpital à Papeete …
 A chaque traversée du lagon, nous dérangeons des raies pastenague et des raies tigre dont le vol est d’une stupéfiante beauté. A chaque battement d’aile , le bout des ailes crève la surface de l’eau , à quelques mètres de nous.
Le soirées sont courtes. Le soleil plonge vers 18.30h, puis nous dégustons les mets délicieux proposés par Areti : thon au lait de coco, crevettes au curry, poisson chirurgien, bar, mahi mahi, carangue ou daurade coryphène, thon cru au citron, chaque repas est un festin. Plus savoureuses encore  sont les histoires d’Areti. Il nous a conté  celle de la petite île de Maupiti , son rôle important du temps jadis : c’est ici qu’on couronnait les rois des îles environnantes. Il nous raconte avec modestie sa jeunesse, le temps où il était le meilleur rameur de pirogue de Polynésie : par 3 fois , il avait gagné pour Maupiti la compétition de pirogue de toute la Polynésie (la manche finale étant la Wahiki Nui, une course de 40 km ou plus de 100 pirogues de 6 rameurs s’affrontent sur la mer). A cette époque, une femme bretonne de passage l’avait remarqué et l’avait séduit. Il nous raconte les jeux de l’amour comme le vivent et le voient les gens d’ici : c’est extraordinaire de simplicité et de bon sens. Selon lui, les femmes se classent facilement en 2 groupes selon l’aspect de leurs fesses : celles qui ont les fesses larges et rondes (celles-ci vivent plus dans la fainéantise et la nonchalance) et celles qui ont les fesses plus effilées et sportives (celles là vivent plus dans l’action). Les premières sont les femmes « rondes » , les secondes sont les femmes « pointues ». Nombre de détails plus croustillants les uns que les autres sont liés à chacune des deux catégories, qui se discutent entre hommes. Areti, à travers ses petits yeux malicieux et les 8 dents (j’aurais dit 4, personnellement !) qui lui restent, nous dresse un portrait truculent et si vrai des humains en général, qu’on rigole sans arrêt.
Un tour de l’île , enserrée dans son lagon peu profond, nous donne un aperçu de la beauté inimaginable du lieu. Une palette de peintre ne pourra jamais retrouver les 1000 teintes des bleus/verts de l’eau et du ciel, changeant en  permanence. Les fonds sous-marins grouillent littéralement de vie : les poissons qui vivent sur le récif sont de toutes les couleurs, de toutes les tailles, de toutes les formes. Imaginez les plus belles images de Cousteau… en vrai, avec deux palmes, un tuba et un masque. Les enfants vivent dans l’eau et il est difficile de les en sortir. Ici, des poissons trompette, ici, des poissons jaunes et bleu fluo, ici, un bénitier aux lèvres vert clair, là un concombre de mer de 50 cm de long, une sole, un poisson pierre, des carangues, des poissons « Némo », des poissons clowns, des poissons papillon,… Nous ne pouvons en nommer que très peu, mais il y en a vraiment des centaines de différents. Nos collègues de plongée ont vu un requin à pointe noire.
Le lever est rythmé par le chant des oiseaux et des nombreux coqs des îlots. On vit à l’heure solaire et de la nature. Alors chacun se lève (Noam le premier vers 6.30h, puis les autres jusque 7.30h)
Nous n’avons quasi pas encore une seule fois sorti les jeux de société. Les enfants inventent des jeux avec les moyens du bord : les bernard l’hermites sont le centre des activités : ils leur construisent un radeau, organisent une course entre ceux qu’ils ont attrapés sur la plage. Cela s’apparente à la course d’escargots, avec la faculté en plus pour le crustacé de sortir et rentrer à volonté dans sa coquille.

De retour au magnifique Vanira Lodge (cliquez pour voir), nous nous prenons à nous extasier sur le luxe de notre bungalow. Après deux semaines dans les paillottes des îles, retrouver l’eau courante, une table et des chaises et du courant semblent des luxes inouis, dans ce qui nous avait paru une « cabane dans l’arbre » la première fois. Nous passerons une journée entière à reformater les bagages, à envoyer les devoirs des cours à distance, recharger tous les appareils électriques , à répartir les poids et à éliminer tout le superflu.
 Jusqu’à présent, nous avons pu éviter de payer quelque surtaxe que ce soit, mais pour effacer les 40 kilos de surpoids, c’est chaque fois grâce à de gentilles parlementations et force sourires aux hôtesses à l’enregistrement.
Nous en sommes à notre 8ème vol et nous avons appris comment utiliser la carte des enfants comme laisser-passer : nous passons maintenant en tête à l’embarquement, nous passons en priorité au check in, dans la rangée des personnes en chaises roulantes. Nous nous présentons à l’immigration avec Noam en premier. Cela marche à tous les coups (sauf aux USA, bien sûr). Tous les gens qui nous entourent trouvent le spectacle très mignon et nous , on assure le spectacle et on prend la priorité: c’est donnant donnant. Dans l’avion, les enfants sont maintenant autonomes : ils jouent au combat naval, lisent, s’occupent de leurs repas et de leur logistique tout seuls.
Sandrina a même pu piquer un roupillon d’une heure dans le vol de Papeete à Auckland.

- Ce 17 février , lever 04.00h. Inutile de dire que la nuit a été quasi sans sommeil, pour être surs de se lever à temps pour retourner à Papeete, rendre la voiture de location, réaliser le check in de toute la famille etc… Cette fois-ci , c’est fait. Nous partons pour la Nouvelle Zélande, les yeux pleins des images du lagon de Tahiti qui s’enfuit sous nos ailes.

Mise à jour Photos ce 22 février dans notre album photos

 

.. Album n° 4 : MARS 2008 ................................................... .... Haut de page 5


Edito ...
(reçu 02 mars 2008)

Episode 4  : Nouvelle Zélande : au pays des arbres et des Maoris.

- 17/18 février 2008 Kia Ora (bienvenue) !

Auckland
Kia Ora (bienvenue) !
Nous atterrissons sur l’heure de midi et 1er choc, celui des couleurs : tout nous semble terne par rapport à l’éclat inouï que nous avons connu en Polynésie …
Le passage de la douane est très strict car les Néo Zélandais, qui vivent essentiellement de l’agriculture, craignent l’introduction de maladies ou autres petites bêtes dans leurs cheptels.
Il ne faut pas oublier, qu’à l’origine, il n’y avait que des chauve souris sur l’île et que ce sont les 1ers colons qui ont introduit peu à peu les autres mammifères …
Toujours est-il, qu’alors que nous sommes en train de récupérer notre train habituel de 8 sacs (il faut absolument qu’on en évacue un ou deux !), un chien moche très court sur pattes fonce sur un de nos sacs et le sniffe comme un dératé. La belle blonde qui l’accompagne ouvre sur le champ le dit sac et en ressort triomphalement (et avec une certaine jouissance, je vous assure) un petit pot que j’avais piqué dans l’avion et qui contenait deuuuuuuuuuuux mini tranchettes de jambon, oh scandale !!! J’ai pris mon profil le plus penaud pour nous confondre en excuses … car ils n’avaient pas l’air de rigoler et je venais d’apercevoir plusieurs personnes partir avec des officiers mal lunés !!
L’officier sort un gant de latex, subtilise les 2 tranchettes de jambon et les glisse dans un sac en plastique du type « pièce à conviction ». Elle n’oublie pas non plus de récompenser son chien renifleur. Celui-ci nous en veut, car il nous fait ouvrir aussi un sac dans lequel nous avions stocké des citrons verts quelques heures auparavant : quel flair, rien ne lui échappe.
Bon, heureusement, qu’il y a du « free coffee and tea » pour nous accueillir et nous réconforter.
Camille fait ses 1ers essais en anglais pour commander 2 cafés pour ses vieux parents et nous voilà prêts à officiellement faire notre entrée en Nouvelle Zélande. Nous rencontrons un couple « mixte » qui  vit à Tahiti et vient régulièrement passer une semaine « au vert » en NZ dont ils nous disent le plus grand bien : tout est organisé pour les enfants, la nature est fantastique etc ….
Autre surprise : nous avons quitté Papeete ce dimanche 17 à 7.30h du matin , et après 5.30h de vol, nous arrivons à 13h locales, le LUNDI 18 février. Nom d’un chien, on nous a volé un jour pendant le vol (c’est du vol). Nous avons en effet passé la ligne de changement de date. Surprenant, mais nécessaire. Nous nous réconfortons en pensant que l’année bissextile nous offrira un jour de plus fin février.
Puis, nous arrivons, épuisés à
Auckland (cliquez pour ouvrir fenêtre dans Google avec vue sur la Auckland, ou ici pour "Infos générales" sur New-Zélande) où Sandrina a réservé la veille un logement qui semblait bien situé, proche du plus grand parc de la ville où se donnent de grands concerts gratuits pendant l’été …
Je vous dis pas notre tête lorsque le chauffeur de la shuttle nous dépose devant une bâtisse en bois qui était décrite dans le guide comme une jolie maison du début du siècle : le problème c’est qu’elle a aussi l’avantage d’être située au coin d’un carrefour très bruyant qui après, 3 semaines d’îles perdues, nous fait l’effet d’une bombe et que nous sommes répartis dans 2 dortoirs miteux pour backpackers chevelus et mal lavés .. Didier et les garçons s’offrent un co-chambrier asiatique et donc discret et soigneux mais Sandrina et les filles n’arrivent même pas à déposer leurs sacs dans le « bordel » de la chambre des filles : sous-tifs, slips, shorts sales et T-shirts douteux etc … jonchent le sol sans aucune pudeur !!
Autant dire que, malgré la fatigue nous fuyons les lieux pour partir à la découverte de la ville !
Et, là, une autre surprise nous attend : Auckland est une ville incroyable où tous les genres et les cultures s’entremêlent à tous les niveaux : architectural, culinaire, culturel et qui est entièrement bâtie sur des collines ce qui lui confère une allure encore plus particulière
Nous profiterons de notre soirée dans la jungle urbaine pour nous offrir un hamburger tellement géant que même Sébastien nous demande : comment on fait pour mettre un truc aussi énorme en bouche. Les portions sont « à l’américaine ».
Le lendemain, nous consacrerons une matinée à visiter le centre d’Auckland, et nous monterons dans leur fameuse
SkyTower (cliquez pour ouvrir fenêtre dans Google avec vue sur la Sky Tower d'Auckland). A peine arrivés en haut à 220 mètres, observant le superbe panorama, on entend un grand cri : elle saute !
En effet, les candidats aux sensations fortes peuvent se lancer du haut de la tour et faire le grand plongeon en « bunji jumping » jusqu’au sol. Et, pour corser le spectacle, les organisateurs ont prévu un 1er arrêt dans le saut, juste sous nos yeux , et nous voyons donc pendre des corps aux yeux exorbités et au teint vert livide : puis, bien qu’elle ait payé 200 dollars NZ, la dame qui vient de sauter semble perdre connaissance pendant la chute sans fin qui suit et nous nous précipitons tous pour voir s’ils ont dû la ré-animer à l’arrivée .. Chacun son truc.
Lorsque nous prenons possession de notre mobile home (un campervan, en néo-zelandais), le préposé s’étonne de nous voir arriver avec nos 8 énormes valises ! (et nous, encore plus, je vous dis pas ..). A bord, chaque centimètre cube est compté (va-t-on devoir louer une remorque supplémentaire pour les y fourguer comme nous le suggère  Camille qui a toujours la touche pratique !!). Ouf, non, nous y échappons car il nous propose de faire convoyer nos sacs vers Christchurch, notre destination. Nous ne nous faisons pas prier et ouvrons toutes nos valises sur le tarmac et entreprenons un grand tri pour ne prendre que le strict nécessaire dans le van. Je vois dans son œil goguenard qu’il nous prend pour des martiens mais patient l’ami car l’opération délicate d’allègement nous aura pris en tout 2H !!.
En plus, nous avons pris un van pour 6 à 6 personnes. On doit être fou. Ici, les gens voyagent à 2 ou 3 dans un van prévu pour 6. Nous comprendrons plus tard la difficulté qu’il y a à vivre à 6 dans 8 m² pendant 30 jours ... Cela soude, mais cela dessoude aussi lorsque la fatigue monte et qu’on n’arrête pas de se marcher sur les pieds ou de se prendre des coups dans les meubles .. . Avant de démarrer , nous empruntons la voiture du louageur « Kiwi Campers » pour aller faire « quelques courses » dans un « Esplanade » local. Bien nous en prend : ce trajet en voiture est une excellente mise en train pour la conduite à gauche. Car, voyez vous, en Nouvelle Zélande, on conduit à gauche. Et cela exige une sacrée remise en cause des réflexes de conduite. Malgré la concentration, au bout de quelques minutes, je me retrouve inévitablement sur la bande de droite face à face avec un véhicule et Sandrina pousse un hurlement  désespéré. Ayant évité l’accident de justesse, je me concentre et entame la méthode Coué : « je roule à gauche, je roule à gauche, tout est inversé, tout est inversé, d’abord regarder à droite puis seulement à gauche ».
Le jeu se compliquera encore lorsqu’il s’agira de conduire ce véhicule de 4 tonnes aussi  large qu’un semi-remorque sur les petites routes étroites à une bande que l’on appelle ici State Highway.
Dans les collines du nord de l’île alternent des prés remplis de moutons, de vaches et de chevaux mais tout est à la puissance 1O par rapport à chez nous : la taille des champs, la taille des troupeaux disséminés sur  des collines immenses. Noam, qui a été très marqué par sa cueuillette de bananes en Polynésie, nous dit devant un pré immense : « Oh ici, c’est  plein de régimes de vaches ! » La route traverse aussi d’étonnantes forêts primaires, où des arbres énormes rejoignent leurs ramures au-dessus de la route pour former une véritable voûte végétale. Les buissons qui bordent la route (et qu’ils nomment le « bush ») sont impénétrables, une véritable jungle où les fougères arborescentes de 7 ou 8 mètres de haute alternent avec des palmiers et des conifères en tous genres. Le pays n’a pas usurpé son nom de « Pays des Arbres ». Leur variété est impressionnante et nous n’en reconnaissons quasi aucun …
Nous parcourons la cote Pacifique du nord est. A notre premier arrêt, à
Orewa (cliquez pour ouvrir une fenêtre "Vues sur Orewa), dans notre 1er parc pour campervans, notre regard est attiré par un ballet de cerfs volants géants de toutes les couleurs, qui virevoltent au dessus des vagues. C’est toute une équipe de kite-surfers, des surfeurs qui se font tracter par des cerf-volants géants multicolores. Le spectacle est grandiose. Ils atteignent des vitesses incroyables et utilisent les vagues comme autant de tremplins pour se projeter dans les airs où ils font de cabrioles à 2 ou 3 mètres avant de ré-atterrir à la surface de l’eau. Nous ne nous lassons pas de les voir évoluer. Les enfants les observent jusqu’à la tombée de la nuit.
Bien sur, nous faisons les premières découvertes des novices du campervan : si l’on prend une douche dans la mini douche du bord, l’eau est épuisée après un tour de carrousel ... Puis c’est le gaz qui nous lâche : pas moyen de cuisiner. Et enfin, n’ayant pas compris tout au système d’évacuation des déchets de la toilette du bord, de nauséabondes odeurs viennent tout à coup empuantir l’air de l’habitacle pendant la route, … et pas moyen de s’échapper. C’est irrespirable. Nous roulons toutes fenêtres ouvertes, ventilation à fond. Ah, les débutants…
Les paysages du North East sont splendides :  une succession de collines énormes couvertes de vaches brunes et noires qui viennent mourir dans une mer bleu/vert  turquoise, des longues plages de sable blanc et aux magnifiques rouleaux réguliers. Notre arrêt à
Tutukaka et Matapouri (cliquez), au Nord de Whangarei, sera particulièrement enchanteur.
Un petit recoin le long d’une immense plage, nommée baie des baleines, nous servira de refuge pour la nuit, en camping sauvage. Vers 06.30h, au lever du soleil, une mer d’argent nous appelle. Malgré une eau presque froide (25°) , les enfants joueront dans les rouleaux jusque 10h avant de se lancer dans leurs cours de calcul et de français.

 Nous essuyons ensuite 2 jours de tempête dans ce qui devrait être la plus belle baie du pays: la "
Baie Of Islands".Nous n’en verrons rien car la pluie tombe en cataractes sans discontinuer. L’électricité est coupée. Sans gaz et électricité, nos capacité à produire de l’énergie s’amenuisent. Nous avons par contre du wifi pour la première fois en 5 semaines et sur  le courant produit  par le moteur nous avons enfin notre premier contact Skype. Le seul avantage de situation est  que les enfants avancent un peu plus vite dans leurs cours. La balade en mer pour voir les dauphins est ajournée une première puis une deuxième fois : en fait, la mer est tellement furieuse qu’on n’y voit pas à 20 mètres depuis le bord. Nous jetons donc notre dévolu sur la visite de Waitangi (cliquez), berceau de la nation Néo-Zélandaise.
C’est là que les Anglais ont signé un traité avec les chefs maoris en 1840. Bien sûr, les Anglais ont compris qu’ils accordaient leur protection aux Maoris (lisez la « suzeraineté ») et les Maoris ont compris eux, que le traité considérait les Anglais et les natifs sur un pied d’égalité et régissait seulement leurs relations. De ce malentendu est née une flambée de violence où les Maoris ont failli rejeter les colons à la mer dans les années 1860. Ces fameux guerriers étaient seulement 5000 contre 20000 soldats anglais, et les Anglais n’en menaient pas large. Le seul propos clairvoyant du signataire anglais était « nos deux peuples forment maintenant un seul peuple et  une nouvelle nation » : en effet, les Neo-Zélandais sont un grand mélange de populations venant de tous les pays et qui ont créé une nouvelle nation multi-culturelle. A une de nos haltes, le pompiste était zimbabwéen, la réceptionniste hollandaise et l’homme à tout faire français…
Au bout de 2 jours à ce rythme, nous sommes tous saturés d’eau : plus rien ne sèche dans le campervan, nous sommes trempés dès que nous mettons un pied dehors . Nous devons quitter la région si l’on ne veut pas rester coincés par les eaux qui inondent les champs partout autour de nous.  Demain, nous quittons le Pacifique et roulons vers l’autre coté de l’ile , sur la mer de Tasman.   
Peu à  peu, nous découvrons la population lors de contacts trop brefs mais toujours accueillants, discrets et très soucieux de préserver le calme et l’espace privé de chacun.
Peu à peu, aussi notre dynamique familiale se re-construit en fonction de notre nouvelle vie de nomade : fous rires lors des emménagements de notre espace nuit alors que nous sommes perclus de fatigue, après une journée de marche et de grand vent, poursuites mémorables après le chocolat que nous nous lançons de l’un à l’autre dans nos 8m2 …
A
Opononi, nous traversons un bras de mer pour nous retrouver au pied de dunes immenses (plus de 100m de haut et des kilomètres à perte de vue) et escarpées : les enfants s’ y adonneront au sport local : le surf sur sable.
Les parents se sont offerts aussi quelques belles descentes vertigineuses et Sandrina a même pris une photo pour le néo-chirurgien de Didier … Et puis, laissant les enfants  à leur surf, nous avons poussé un peu plus loin, Didier et moi, dans un véritable paysage du Saharien et jusqu’à rejoindre l’océan pacifique : une vue sublime s’offre à nos yeux, à l’horizon les eaux bleu clair de la
mer de Tasman rejoignent celles un peu plus foncées du Pacifique et entre les 2, du sable à perte de vue, un ciel éclatant et pur … Le temps s’arrête, le paradis existe donc bien …
Dure dure, la vie dans 10m² à 6 lorsque nous roulons une grande partie de la journée : les frictions sont inévitables, la tension, palpable après une journée « en conserve ». Parfois, papa s’énerve pour une queue de cerise, et envoie tout le monde à la lune… Certaines  séances  de cours sont difficiles lorsque nous roulons et que les feuilles volent ... Sandrina va d’un enfant à l’autre en s’accrochant aux meubles pour ne pas tomber et pour apporter son support mais cela relève vraiment de la jonglerie et le courage des apprenants n’y est pas toujours. Alors, ils nous font perdre patience …. Nous constatons qu’ils ont en fait très peu d’autonomie dans leur travail, bien que les cours soient prévus pour être suivis par chaque enfant en quasi autonomie. Cela nous oblige à un grand investissement personnel dans l’accompagnement scolaire. Plus qu’attendu au départ.
Une après-midi, nous entrons dans une forêt d’une densité et d’une diversité inouïe, et nous arrêtons à deux reprises pour aller découvrir des kauris géants dont le plus ancien, Tane Mahuta (dieu de la forêt, en maori) a l’âge du Christ … Impressionnant tout autant que la végétation qui nous entoure : on se sent vraiment très petits et en même temps remplis d’un profond respect . Pas étonnant que les Maoris aient produit de si belles légendes  et objets d’art en allégorie de cette nature admirable !!
Chaque jour nous offre son lot de découvertes et de plaisirs : à
Pakiri Beach (clic to "sea"), les femmes s’offrent une splendide promenade à cheval sur la plage et dans les dunes d’où nous apercevons un dauphin qui fait des cabrioles.
Et puis, la vie en promiscuité nous offre aussi son lot d’anecdotes dont  voici un morceau choisi : alors que nous déjeunions tranquillement au lever du soleil aux alentours du Lac Bleu, Seb se lève pour aller chercher un objet qui est resté sur la couchette située au dessus du conducteur. Au lieu de descendre par l’échelle , notre acrobate se laisse pendre  de la couchette et cherche  un appui pour ses pieds. La seule prise que trouve son pied, c’est la gâchette de l’extincteur à poudre du véhicule. En s’y appuyant de tout son poids, notre infortuné singe déclenche le mécanisme (« j’ai glissé chef ! »)… qui fonctionne très bien et pendant 2 à 3 secondes remplit complètement le véhicule d’un nuage de poudre grise du plus bel effet. Résultat : 3 heures de nettoyage épanouissant pour rendre le campervan plus propre qu’avant !!
Autre grand moment : la visite du Parc géothermique Te Puia, de Rotorua :  nous nous  y promenons entre geysers,  splendides cratères et « hot pools », aux couleurs merveilleuses provoquées par les dépôts d’oxydes variés : rouge-brun pour le fer, orange pour l’antimoine, jaune pour le souffre, vert pour l’arsenic etc. Sandrina est morte d’angoisse à l’idée que les enfants puissent se brûler à une des innombrables sources d’eau ou de boue bouillonnante, ou aux fumerolles . Nos garçons ont un mal fou à respecter les quelques limites que l’on leur impose pour leur propre sécurité. Il leur faut absolument gravir les barrières et se pencher au-dessus de profonds cratères au fond desquels la surface est continuellement agitée de gros bouillonnements. Partout, à même le sol, ou entre deux plantes, des trous laissent échapper en sifflant des fumées épaisses et nauséabondes.  Le pompon est atteint lorsque Sébastien veut piquer une tête dans un superbe lac à 75° dont l’eau est d’un vert clair fluo du à la forte concentration en arsenic.
Aux hurlements de Sandrina, il répond : oh, c’est nul, de pas pouvoir se baigner.
Nous voulions aussi  découvrir un peu mieux la culture maori et ne fûmes pas déçus : leurs chants et danses sont d’une beauté et d’une force …. Les hommes d’ailleurs, en particulier, dans leur très fameux « Haka », danse destinée à impressionner les ennemis avant le combat et dans laquelle se succèdent cris terribles, grimaces splendides yeux exorbités et langue tirée  …. Sébastien et Noam sont restés bouche ouverte pendant tout le spectacle et nous ont d’ailleurs supplié de leur offrir un dvd d’apprentissage de la danse … gare aux copains de classe qui n’ont plus qu’à bien se préparer !!
Nous avons passé plusieurs jours dans le
Parc National de Tongariro (clic), une merveille de nature, où les volcans se succèdent sans se ressembler sans un paysage lunaire et de lande désertique couverte de plante à moutons (c’est ainsi qu’ils nomment les lichens géants qui couvrent le sol et de loin, donnent réellement l’impression d’énormes troupeaux de moutons …). Nous sommes heureusement surpris par la résistance des enfants à la marche en montagne, car c’est de cela qu’il s’agit. Même Noam a accompli avec courage la montée au « red crater » et au mont Ruahepu, des bambées de +/-6 heures  et 700 mètres de dénivelé avec des passages relevant davantage de l’escalade que de la marche. Au sommet, un paysage lunaire nous attend d’une beauté à couper le souffle : de la roche à l’état brut d’un rouge orangé, des aiguilles escarpées, des plaques de neige, des torrents au fond vert orangé  et parfois un lac de montagne se détachant à l’horizon d’un vert émeraude …….  
Et le soir, pour nous détendre, nous piquons  une  tête dans une « hot pool ». Il s’agit bien d’une piscine, mais alimentée avec l’eau des sources thermales présentes partout par ici. Nous avions d’ailleurs remarqué un peu partout dans la foret et même dans le village des volutes de vapeur sortir du sol. Effet des plus étranges, imaginez un bain de vapeur au plein milieu de votre jardin …
 Nous mettons un pied dans l’eau, puis l’autre… imaginez- vous vous glisser dans une baignoire bien chaude (37°) mais de la taille d’une piscine publique. Effet décontractant à souhait et qui délie les langues : un Suisse nous raconte ses aventures avec son frère jumeau avec qui il fait sans cesse de la télépathie : nous rigolons bien mais entre les coups, nous devons sortir nous refroidir ….
Nous commençons à vraiment apprécier notre vie de nomades, reprenant chaque jour la route pour de nouvelles aventures et découvrant chaque soir de nouvelles têtes dans la cuisine commune du campsite, véritable ruche où l’on rencontre les profils les plus inattendus … et à mon grand étonnement, des tas de paires de vieux amis baroudeurs qui s’offrent une bambée autour du monde pendant que Madame tourne dans ses casseroles ou mange les pissenlits par la racine ! Comme si les femmes ne savaient pas en profiter elles-aussi …

Demain, nous prenons le ferry pour l’île du Sud et profitons d’un jour de pluie à
Wellington pour découvrir le plus fabuleux musée que j’aie jamais visité, surnommé « notre terre » en maori et qui regorge d’animations interactives, d’espaces de découvertes et de jeux pour les enfants …. Inouï, les enfants adorent et nous fêtons cela en terminant notre sortie par une orgie de muffins aux myrtilles !!
A bientôt
Wellington, 2 mars 2008

musique ...

.. MARS 2008 .... suite ................................................................ .... Haut de page 5

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(reçu 29 mars 2008)

Episode 5  : Nouvelle Zélande : îles du sud: contrastes et paysages grandioses,
...................................................... serviabilité des gens ... 5 mars 2008

Hi there ! (ici, quand on rencontre quelqu’un, on dit « Hi there ». Si vous dites « Good Morning »,
on vous prend pour un Lord anglais, échappé d’Oxford. Tout est beaucoup plus informel…)
Le ferry qui nous amène de Wellington à Picton est un monstre de bateau : dans ses cales,
des ponts superposés laissent rentrer simultanément à des étages différents des voitures,
des camions, des campervans et des trains entiers de wagons de chemin de fer.
Nous roulons vers la côte Sud Est où nous espérons pouvoir rencontrer la faune marine.
En nous approchant de Kaikoura, la route longe des rochers où des centaines d’otaries
à fourrure se reposent.
Nous nous arrêtons bien sûr, pour les observer de plus près. Pas de trop près quand même :
on est à l’époque où beaucoup d’entre elles protègent leur progéniture de l’année.
Ces créatures pacifiques ont une capacité à se hisser à des endroits où on ne les attend pas : dans les hautes herbes le long de la route, en haut des falaises, après avoir emprunté un sentier de grande randonnée de 500 mètres … !  Prudemment, les  enfants s’approchent et papa suit avec la caméra. En marchant devant un rocher surplombant, je n’avais pas remarqué une « mignonne » otarie tapie dessous. Un grognement menaçant m’a fait me retourner juste à temps pour voir à 50 cm de moi une superbe dentition prévue pour croquer des poissons ou des pingouins, mais pas mes mollets. J’ai sauté de coté pour l’éviter. Et la belle s’est recouchée, satisfaite de la frayeur qu’elle m’avait infligée.

A Kaikoura, sur le Pacifique, nous ferons une sortie à la rencontre des dauphins « Duskin ».
Expérience époustouflante : entre 200 et 300 dauphins entourent notre bateau , sautent hors de l’eau par groupes de 2 ou 3 à la manière de Flipper le dauphin. Ils sont jouettes, fous, fous et  on sent des grands frissons de plaisir monter en nous… Les enfant s chantent pour les attirer comme nous l’a recommandé une de nos charmantes guides. 

Décrire les paysages qui nous entourent est très difficile car leur beauté dépasse les mots. Traverser ces paysages est même déroutant :  on longe la côte en compagnie des goélands, des oies sauvages (magnifiques !) et des grues qui s’envolent à notre passage. Au large, quelques dauphins font des cabrioles.
Puis, on bifurque vers l’intérieur des terres pour rentrer dans une forêt pluviale de type tropical et 20 minutes plus tard, nous voici en plein alpages. On se croirait dans le Valais Suisse, avec les vaches et les moutons qui paissent à flanc de colline et les montagnes dont les sommets sucrés de neige se détachent sur un bleu d’acier. Le paysage change sans arrêt comme si l’on passait d’un pays à l’autre à l’échelle européenne. Une heure plus tard, nous voici dans une immensité semi-désertique ou paissent des milliers de moutons sur de hautes collines pelées :  extraordinaire de dépaysement. On se croirait dans un film qui se déroule à vitesse accélérée. On en a plein la vue et on ne sait plus où caser le trop plein de sensations qui nous submerge …
Nous arrivons à Hanmer Springs, nichée au centre d’un magnifique cirque de montagnes, par une « froide » (hum, hum …) fin d’après midi : heureusement, un centre de cure thermale nous tend ses bras voluptueux et chauds ! : 9 piscines différentes dont l’une a une forte concentration en soufre, l’ autre en sodium et magnésium, une troisième contient une série de minéraux qui doivent nous redonner la pêche en 3 minutes. Point commun de celles-ci : une température minimale de 35°, c'est-à-dire juste assez pour nous réchauffer ( !!) et se sentir vraiment bien après cette longue journée de route. Jusqu’au coucher du soleil, nous déplacerons notre corps d’une piscine à l’autre, comme des otaries qui cherchent le meilleur bout de grève pour se prélasser, tout en admirant la magnifique nature et le coucher de soleil qui se profile au loin …. Bien sûr, sortir de là et retrouver l’air glacé de la montagne est un supplice. Mais bon ! Tout paradis se mérite, n’est-il point ? !!
Puis, une longue et tortueuse route de montagnes nous permet de rejoindre la côte Ouest, sur la mer de Tasman, direction le Fox Glacier, haut lieu des alpinistes et randonneurs en tous genres ; les enfants s’équipent « montagne » pour une ballade jusqu’au front du glacier, sous d’énormes séracs bleus : ce glacier tourmenté avance de 3 mètres par jour et il en jaillit un gros torrent sous-glacier . Nous irons lui en titiller la glace jusqu’à son extrême bord, en sautant de caillou en caillou (Didier, bravant, l’énorme panneau « extreme danger, don’t walk beyond this line » !!! et Sandrina, un peu affolée restant derrière à se les geler avec Noam). Les enfants découvrent en « live » les forces dantesques à l’ouvrage ici et qui ont creusé, telles une râpe géante, les pointes acérées des montagnes environnantes.  
On se sent, une fois de plus, tout petits …
Après 15 km de piste en pleine jungle, nous arrivons dans un cul de sac où d’autres campeurs « sauvages » ont élu domicile. L’ambiance est super sympa : chacun organise son petit nid pour la nuit,  frichtouille sa popote du soir en tentant d’échapper aux mouchettes voraces ! Nous traversons quelques dizaines de mètres de bush et tombons  sur une plage de gros galets qui s’étale à perte de vue : Gillepsie’s bay. Sur cette immensité de sable doré, nous  tracerons  avec de gros galets un message pour Philippe, qu’emportera la marée de la nuit .. Ambiance bleutée, au milieu des embruns et du grondement des rouleaux qui s’écrasent sur la plage et avec, au loin, les dauphins qui s’en donnent à cœur joie …
 Au petit matin, la vue porte au lointain jusqu’aux sommets enneigés du Mont Cook , le tout avec le bruit sourd des vagues dans le dos. C’est surréaliste… Une heure plus tard, les nuages se sont accumulés et les sommets disparaissent dans une brume impénétrable : les lève-tards  (dont Romane qui entre résolument dans les grasses mats de l’adolescence !!) ne verront donc jamais la splendeur des 4 couches superposées : mer, bush, plateau et sommets enneigés embrassés dans un regard …
La Nouvelle Zeelande est décidément le pays des changements, climatiques entre autres et oblige à vivre l’instant présent, à s’adapter sans cesse  … Au diable les beaux plannings et les clichés des cartes postales !
Vive l’imprévu et ses bonnes surprises …
C’est d’ailleurs ce que nous offrira Okuru, notre destination suivante improvisée une fois de plus à la dernière minute. En suivant la route toute droite bordée de pins immenses et tortueux qui longe la mer, nous arrivons à un patelin qui a un nom grand comme ça sur la carte, mais qui compte 50 maisons : Haast. De là, 30 bornes jusqu’à un village plus petit, Haast Beach : 10 maisons, dont une fait à la fois office de motel, de station essence et de general store !! On y trouve tout ce qu’un humain normal peut désirer : pain, lait, savon, pièges à opossum et fil et aiguilles. Et y trône un papi grisonnant qui nous fait déguster sa production de « peachtarines » (savant croisement entre la pêche et la nectarine). Pendant 10 minutes, il cherchera avec nous quel outil pourrait nous servir à creuser de petits trous dans les galets splendides que les enfants ont ramassés pour en faire des bijoux.  Il émane une gentillesse et une serviabilité incroyables de ces gens : ils vous consacrent du temps, s’enquièrent de votre bien-être et se coupent en quatre pour vous aider. A l’extérieur, le panneau défraîchi qui pend à un piquet battu par le vent dit « 160km to next fuel » (à bon entendeur !).
Nous roulerons encore 20 km jusqu’à Okoruru (5 maisons, dont le holiday park où nous installons notre véhicule). Nous resterons deux jours dans ce petit village de pêcheurs niché entre l’océan et un arrière pays sillonné de rivières sauvages qui débouchent dans un lagon splendide, baigné d’une lumière d’une pureté à couper le souffle.
A la cuisine le soir, nous faisons connaissance d’un groupe de copains locaux qui passent une semaine de pêche et de chasse entre hommes. Tout de suite le contact passe. Nous échangeons nos impressions avec eux. Ils nous confient qu’eux aussi trouvent leur pays d’une richesse inouïe et  nous demandent : « keep it secret » afin de limiter l’afflux des touristes.  Un autre se met au piano et nous offre un concert de jazz improvisé sur un vieux piano désaccordé … ambiance, ambiance !
Le lendemain, en fin d’après-midi, Sandrina s’offre une petite promenade dans le lagon et y vivra des moments d’exaltation, entre ciel et terre, en union profonde avec les éléments …. Le temps s’arrête … Jusqu’au moment où, ayant à contre cœur décidé de rebrousser chemin, elle se retrouve à chercher en vain une voie de sortie, coincée entre l’eau montante et le bush d’épineux, « petit » moment de panique …
De retour dans la cuisine, une heureuse surprise l’y attend : Didier en train de se débattre avec une langouste énorme qu’il essaie de cuire dans une casserole deux foi s plus petite qu’elle. Il explique qu’un des pêcheurs s’est approché de lui et lui a chuchoté : « d’you eat crayfish ? » (vous mangez de la langouste ?). Et comment « Right Ho ! » (OK).
Et, sans attendre, lui a mis sous le nez une splendide langouste vivante : simplicité sans chichi et générosité de Roi …. Nous nous régalerons toute la soirée : elle est encore meilleure que celle mangée il y a quelques semaines à Huahine, d’une fraîcheur !!

A Wanaka Lake, lac d’un bleu sublime qui se détache comme un bassin de safir sur les sommets environnants, nous percevons et nous gavons de l’énergie rayonnante qui émane de ce coin de paradis. On se dit, qu’on pourrait vivre dans cette petite ville où chaque rue débouche sur limmensité bleutée du lac …
Au Visitor Center, on nous conseille une marche jusqu’au  glacier de Rob Roy. Mais, ici, les joyaux se méritent : pour y arriver, il nous a fallu 2 heures d’une piste à faire frémir … les vertèbres de Didier. En effet, il s’agit d’une piste en graviers, dont le revêtement est en forme de tôle ondulée. Entre 5 et 10 km/h, le camion tremble mais c’est supportable. Au-delà, l’habitacle vibre de plus en plus fort jusqu’à ce qu’il entre en résonnance avec le rythme de vibration de la route. Et là, tout à coup, c’est l’avalanche : les tiroirs s’ouvrent, la porte du frigo se détache , les armoires s’ouvrent, tout se fracasse à bord du campervan.  Nous changeons donc de tactique : il faut dépasser le 50km/h pour être au-delà de la zone de résonnance. Alors, le van survole les ornières et c’est presque confortable. Ce que cela implique, c’est qu’il faut y aller à fond sur une piste dont on ne connaît pas les dangers. On a donc le choix entre massacrer le mobile home et passer la journée sur cette piste brûlée par le soleil, donc on fonce … Mais, au passage d’un pont, la route fait un superbe dos d’âne que nous n’avions pas  prévu : plus le temps de freiner. En avant toute ! Dans un grand silence, le campervan de 4000kg s’envole, et à pleine vitesse, décole du sol pendant une seconde, avant d’écraser ses suspensions à l’atterrissage dans un nuage de poussière. Ah, si Kiwi Campers voyait son mobile home faire du rallye cross de la sorte, ils seraient fiers( !). Sandrina hurle : « tu es complètement  fou !! ». Les enfants  hurlent eux aussi : « encore une fois, plus vite, c’est hyper, super génial ! » (tu parles, j’ai failli me faire un arrêt cardiaque !)
J’oublie bien sûr de mentionner que depuis 1.000 km, le marche-pied rétractable du mobile home ne se rétracte plus, et que donc, je roule avec en permanence une faux de 20cm dépassant du camion à gauche à hauteur de mollet. Inutile de dire qu’au premier passage de gué un peu profond, on a accroché et tordu ce qui restait de mécanisme. Par contre, je dois avouer que ces machines sont très résistantes : lors d’un passage dans une aire de repos, j’ai un sous-estimé la hauteur du van et suis passé sous un arbre dont une branche sournoise faisait un crochet vers le bas. Un énorme bruit s’est fait entendre. Cris de terreur à l’arrière, où les enfants faisaient leurs cours de maths : « Didier, toute la cabine est arrachée !! »  . Eh bien non, figurez-vous que lorsque nous avons fait marche arrière, tout cela s’est remis en place dans un « bong » sonore digne des meilleurs dessins animés. Quelques minutes sur le toit du van avec un bon rouleau de scotch tape et c’est « réparé ».
La piste évolue dans le fond d’une vallée immense, où de vastes  parcs  à bestiaux (moutons, vaches et cervidés) se succèdent , surplombés par des montagnes alpines en chapelets. Au fond de la vallée, les bras d’une rivière de montagne, d’un bleu turquoise intense, se croisent et s’entre-croisent au pied de la splendeur immaculée du glacier. La balade commence  par la traversée d’un long pont suspendu. Les enfants s’amusent à le faire balancer de gauche et de droite , aux grands cris de Sandrina qui les imagine déjà piquant du nez dans le torrent qui roule son tonnerre 30 mètres plus bas.
Nous avons passé aussi une matinée au Base Camp, un centre d’escalade indoor prévu pour les enfants.
Toute la matinée, nous avons eu le centre et sa monitrice pour nous  6. Les enfants se sont succédés sur les voies de tous niveaux, assurés au gri-gri par papa. Un pan entier de la salle était occupé par des voies auto-assurées hyper « fun » (gros tubes, araignée, tunnel noir …): les enfants s’y mousquetonnent à une grande sangle enroulée au plafond à un gros enrouleur-freineur. Lorsque  le grimpeur monte, la sangle est avalée en haut par l’enrouleur. Lorsque le grimpeur dévisse, l’enrouleur le laisse redescendre en douceur :  génial ! Les enfants parient une tablette de chocolat qu’ils battront de vitesse leur père sur une voie en plastique transparent où l’on peut grimper face à face en se défiant …
Les enfants gagnent bien sûr. Papa prétexte qu’il doit ménager son dos, pour ménager son amour propre…
Pour l’anniversaire de Didier, nous nous sommes inscrits à une expédition « Swim with the Hector dolphins » à Okoroa. Okoroa est une charmante petite station, située au fond d’une baie abritée, née d’un ancien cratère de volcan submergé par l’océan. Là, vivent les dauphins les plus petits et les plus rares au monde, de superbes bêtes de +/- 1,4 m. Ils sont protégés bien entendu mais de petits bateaux à jet d’eau (sans hélice) permettent de les approcher  et même de descendre dans l’eau où , avec un peu de chance, il est possible de se laisser approcher par eux (s’ils le veulent bien). En plongeant  la tête sous l’eau, on frémit de plaisir en voyant ces splendides torpilles grises et noires  glisser sous nos jambes, tourner autour de vous, sauter hors de l’eau dans des cabrioles incroyables. Le tout est furtif, mais vous n’imaginez pas les cris que nous avons poussés dans l’eau au contact de ces bestioles attachantes. Romane s’est époumonée pendant près d’une heure en criant dans son tuba sous l’eau  pour les attirer : en effet, les dauphins sont curieux comme des enfants et viennent voir de près ce qui crée ce tintamarre !
Retour final à Christchurch : encore une fois la gentillesse et la serviabilité des Néo-Zélandais nous touche.
On nous aide spontanément, les services se monnaient par un sourire, et pas par un « tip » (pourboire).
Le préposé de Kiwi Campers à qui nous rendons un mobile home où presque plus rien ne fonctionne, et ce qui fonctionne encore fuit de toute part, nous trouvera encore un hôtel et nous réservera des chambres… 
Juste avant de partir pour Sidney, nous irons encore visiter le centre de l’Antarctique (situé à côté de l’aéroport), où les Néo-Zélandais présentent tous les détails de leur base Scott en Antarctique, ainsi que les résultats de leurs recherches sur place. Une merveille de didactique pour les enfants qui ont la possibilité entre autres de s’équiper comme des eskimos pour passer 10 minutes dans une pièce frigo où est reconstitué un campement antarctique, avec igloo, neige, glace, moto-neige et tente spéciale ... Tout à coup, une voix annonce que la nuit polaire va tomber et qu’un blizzard est annoncé. La lumière se tamise, le vent monte et la température descend à -22°. Didier filme de l’extérieur et pour l’avoir vécu de l’intérieur avec les enfants, je peux vous dire, c’est vachement impressionnant et certainement un bon test à faire par tous les candidats apprentis scientifiques !
L’ambiance familiale est bonne bien que la promiscuité engendre une certaine irritabilité, difficile à éviter lorsqu’on vit sans un cm² à soi pendant un mois et en se cognant aux meubles dès qu’on se croise dans le couloir minuscule !  Mais, bien que la fatigue de 30 jours en mobilhome se fasse sentir, de nouvelles dynamiques se sont créées : Camille et Seb s’entendent à nouveau comme larrons en foire (notamment pour inventer des figures à 2 sur les trampolines que l’on trouve partout ici), Romane passe quelques moments câlins avec Noam, et certains jours, les enfants arrivent même à travailler 10 à 15 minutes d’affilée sans exiger le support de Sandrina. C’est un progrès, mais encore très ténu. J’admire sans borne Sandrina qui arrive à garder son calme pendant des heures de route cahotante en allant d’un enfant  l’autre  pour expliquer la géométrie, le système métrique, les problèmes de « robinet » et la conjugaison … Je n’en serais pas capable.

Quelques mots de conclusion sur notre mois de périgrinations en Nouvelle Zélande.

La Nouvelle Zélande est un pays envoûtant, par sa nature grandiose, par sa culture  et par ses gens. Selon nous, l’île du sud est la plus exceptionnelle des deux : les paysages époustouflants et sans cesse changeants, la gentillesse des gens, le calme, l’énergie. En y consacrant seulement 2 semaines, nous avons dû renoncer à en voir les plus beaux joyaux dont le Fjordland à l’extrême Sud Ouest car nous avons été surpris par l’étroitesse et la lenteur des routes : il faut compter une vitesse maximale de 40 km par heure. Par contre, nous avons été régulièrement pris aux tripes par ce pays qui dégage une énergie incroyable et cela fût un véritable déchirement de le quitter.
 Dans l’ile du Nord,  la culture Maorie est beaucoup plus présente et mise en exergue. Pour nous qui venions de Polynésie, elle forme un continuum avec la culture polynésienne, de même souche. Les Maoris sont attachants, d’un feeling et d’une perception humaine aigüe. Leur religion/philosophie est d’une incroyable richesse, empreinte de rudesse et de sagesse à la fois. Au centre de l’île, la région volcanique donne une sensation palpable de la force indicible qui vibre en permanence sous nos pieds et nous appelle à la modestie et à l’humilité par rapport aux éléments. 
Partout